Ignorer et passer au contenu

PEACEBOMB ou L’Art de la Guerre

by fiona cameron 17 Mar 2014
PEACEBOMB ou L’Art de la Guerre

Chez Storie, on est perpétuellement à la recherche de belles aventures humaines, de traditions artisanales ou de projets où la création de belles choses sert la dignité humaine, l’égalité et la diversité culturelle. Mais là… Nous avons été touchés par cette démarche comme rarement nous l’avions été.

Voici l’histoire du projet PeaceBomb de la marque de design équitable Article 22, une démarche qui permet aujourd’hui à des familles entières du nord rural du Laos de vivre dignement de la production de bijoux à partir du métal recyclé des bombes qui jonchent encore la campagne Laotienne.

 

 

La pluie du diable

Revenons quelques décennies en arrière pour un triste record. Le Laos est devenu entre 1962 et 1975 le pays le plus bombardé de l’histoire de l’humanité (au nombre de bombes par habitants). Dans le cadre d’une guerre “camouflée” qui reste encore un tabou outre-atlantique, l’armée américaine déversa plus de 250 millions de bombes à sous munitions, une arme monstrueuse inventée pour recouvrir le plus de surface possible d’engins explosifs antipersonnels… ( une convention internationale les interdit aujourd’hui, bien que les pays les plus concernés ne l’ont pas encore ratifiée, pour ne pas nommer les États-Unis ou la Russie entres autres ), avec la vague intention d’empêcher le retrait des forces du Nord Vietnam (pourtant bien loin de là).

National Museum of the USAF - photo 061127-F-1234S-017

Le sénateur Stuart Symington affirmera devant un congrès américain qui ne savait que peu de choses sur l’engagement au Laos en 1970 : “les bombardements du Nord-Vietnam” a-t-il dit “n’étaient pas justes car trop de limitations étaient imposées aux pilotes, mais au Laos nous employons la force militaire sans entraves et les résultats sont plus satisfaisants.”

De ces millions de tonnes d’explosifs, on estime que plus de 30% n’ont pas explosé et restent actifs dans la campagne Laotienne. Près de 300 personnes par an meurent à leur contact, bien plus encore sont lourdement blessés, souvent amputés ou rendus aveugles.

La réalité, c’est qu’après le ciel, c’est de la terre qu’aujourd’hui vient la menace. Les paysans la cultivent au péril de leur vie, et dans un pays ou 80% de la population vit de l’agriculture de subsistance, ces bombes représentent une des causes majeures de la paupérisation effrayante de ces régions rurales.

Stock d’armes récupérées dans la campagne Laotienne.

C’est ici que commence notre histoire. De tous les villages de cette région meurtrie, Ban Naphia près de Phonsavan, a été l’un des plus touchés. Sa population forcée à l'exil pendant les bombardements est revenue des années plus tard à une terre ravagée, mais surtout mortelle. Les efforts pour la déminer sont dérisoires, et, à ce rythme, prendront encore plus de 800 ans. Les États-Unis ont dépensé 9 millions de dollars en 2012 (3 en 2011), par comparaison, ils ont déversé 17 millions de dollars de munitions sur le pays… chaque jour... l’équivalent de la cargaison d’un B52 toutes les 8 minutes, 24h / 24h, pendant 9 ans. 

 

Recyclage mortel

Conséquence, une nouvelle économie de subsistance est née de la récupération du métal de ces bombes, si elles n’explosent pas avant. Les enfants la plupart du temps, mais aussi les paysans ou les femmes le récupèrent et le revendent pour quelques centimes d’euros le kilo à des ferrailleurs, certains y laissent un membre, certains la vie, et quand c’est le père, toute la famille est condamnée.

Lors d’un voyage dans la région pour Helvetas, une ong suisse, Elizabeth Suda a été touchée par l’ingéniosité de certains artisans du village de Ban Naphian. Grâce à l’implication d’Helvetas pour sensibiliser les populations et à celle d’UXOLAO, le programme national de déminage, plusieurs familles récupèrent le métal en toute sécurité et le transforment en cuillères moulées dans l’aluminium, vendues pour le marché local ( ils sont très friands de soupes, qui d’ailleurs sont succulentes ! ) et comme souvenirs pour les rares touristes qui passent dans le coin. Cet artisanat apporte un revenu indispensable à ces familles.

Sous-munitions en aluminium des bombes à fragmentation. La majeur partie des sous-munitions actives au Laos sont de la taille d'une boite de conserve. Elles se retrouvent enterrées à quelques centimètres de la surface, tuant majoritairement des civils, et empêchant les pays bombardés de se redévelopper.

Inspirée et persuadée qu’elle pouvait ouvrir de nouveaux marchés pour ces artisans et par la même améliorer le quotidien du village, Elizabeth, après avoir quitté un poste en or dans la mode New Yorkaise, s’est lancée corps et âme dans ce projet, une superbe ligne de bijoux faite à la main par les victimes d’une guerre absurde à partir d’armes de destruction massive… Une manière pour elle de raconter l’histoire au reste du monde, une chance pour nous tous de s’amender peut-être, ou tout au moins de ne pas oublier.

“ Nous devons comprendre les effets à long terme, les cicatrices, de la terre, du corps et de la mémoire collective que cette... ces guerres infligent.”

Village de la région du Xieng Khuang, une des provinces les plus touchées. 25% des terres sont encore minées, à ce rythme de nettoyage, le processus sera terminé dans plus de 800 ans.

Matière à empreinte négative devient objet de création à message positif.

Le plus dur a été de convaincre les artisans de l’intérêt d’une ligne de bijoux. Des cuillères, ça oui, tout le monde s’en sert ! Mais des bijoux… au bout de 12 mois elle a réussit à produire les premiers prototypes de bracelets qui allaient devenir la ligne de bijoux PEACEBOMB. 3 ans plus tard, les artisans sont convaincus, et ce sont eux qui innovent constamment et proposent de nouveaux designs.

Elizabeth Suda et les artisans du Peacebomb project.

Bien que le matériau, ces rebus de la guerre qui continuent de tuer, soit un rappel constant de l’enfer par lequel certains d’entre eux sont passés, et que certains vivent encore aujourd’hui, les artisans sont y voient aussi de nouvelles opportunités de revenus pour dépasser le stade de la subsistance et se construire un avenir.

Machines de guerre. Peacebomb est fabriqué à partir d’un mix de plusieurs sources d’aluminium, notamment les ailerons de stabilisations des obus, des morceaux de sous-munition et de la quincaillerie métallique d’avions et autres débris. Ces ressources sont très demandées et la filière de traitement fait aujourd’hui partie intégrante du paysage économique.

Une fois le métal recyclé par les filières contrôlées et sécurisées, il est fourni aux familles qui le traitent, le fondent dans leur four de terre cuite, puis le coule à l’aide d’une grande cuillère dans des moules réalisés dans un ‘plâtre’ à base de sciure et de cendres de bois. Une fois refroidit, l’objet est extrait et le plus dur commence, la finition est intégralement poncée à la main au papier de verre. Les derniers modèles, plus complexes, on requit les compétences de plusieurs bijoutiers qui ont rejoint l’opération, améliorant encore le savoir-faire et la technicité des artisans.

Four en terre, moules en sciures et cendres de bois pour la créations de cuillères.

 

Une histoire de famille.

Ce projet à apporté un souffle nouveau sur le village et dans une région où la vie rurale est normalement si dure et les familles se dispersent dans les villes, le phénomène a commencé à s’inverser. Il n’est pas question d’usines ici, mais chaque famille d’artisans a construit son four en terre et a rapatrié oncles, tantes, cousins et grands parents pour aider à la production.

Mari et femme forment ici une équipe de métalliers. Les autres membres de la famille sont appelés à rejoindre l’entreprise.

Le village revit peu à peu, les familles se recomposent, le savoir-faire est transmit et chaque année, de plus en plus d’artisan sont formés au travail du métal. Le village tout entier se dote de nouvelles infrastructures pour améliorer la subsistance et les conditions de vie. Des ONG comme Helvetas aident les habitants à améliorer leur four, leur habitat, à mieux gérer leurs ressources, et Elizabeth accompagne les familles pour qu’elles s’organisent en de véritables petites entreprises durables. Les revenus ainsi générés paient le quotidien, une alimentation saine et plus variée, l’éducation des enfants, la santé des membres de la famille, et permettent d’investir à plus long terme comme par exemple le bétail et la culture.

Mais en plus de développer toute une filière économique, ce qui tient le plus à coeur à Elizabeth et le projet PeaceBomb, c’est de garantir la sécurité des habitants de cette région face aux dangers que représentent ces myriades d’explosifs qui hantent les campagnes, et cela de 3 manières : Tout d’abord en consolidant la filière d'approvisionnement avec les ONG et les OG sur place, des fonderies et des entrepôts de démantèlement ont étés installés permettant aux artisans de se fournir sans danger.

Par l’éducation, tous les artisans travaillant sur le projets sont formés par Helvetas aux dangers de la manipulation des explosifs, et peuvent ainsi former à leur tour leurs proches afin de ne plus les récupérer sans assistance.

Et pour finir, en investissant directement dans le vaste chantier de déminage, chaque bracelet vendu contribue à hauteur de 3 m2 de terre déminée soit plus de 60 000 m2 depuis le lancement en 2011.

Déminage d’une zone non sécurisée. Article 22 collaborent avec les organisations de déminage pour un approvisionnement en matières premières sécurisé et la sensibilisation des populations.

Enfin, 10% des bénéfices générés par le projet sont directement reversés dans un fond géré par l’ONG Helvetas et qui sert au développement de projets structurels comme le réseau électrique, et aussi de fond de micro-crédit pour les familles, la banque locale.

Le projet RISE de l’ong Helvetas a aidé la communauté à mettre en place un réseau d’énergie durable grâce aux fonds générés par la vente des bijoux Peacebomb. C’est à travers ce projet, et le film “Buying back the bombs” qu’elle a co-réalisée avec Sam Rowland et lancé pour la journée internationale de la paix en 2011, qu’Elizabeth espère nous rappeler à l’histoire de ce pays meurtrit qui subit encore aujourd’hui les conséquences de nos erreurs passées, et nous faire découvrir ce peuple doux et chaleureux qui a pardonné malgré tout.

Faire renaître un petit bout de terre meurtrie, un bracelet à la fois. Voilà une belle histoire.

Mme Bouphan récolte le riz de ses champs grâce aux opérations de déminages. Encore 25% des terres sont encore inutilisables dans un pays ou près de 80% de la population vivent d’une économie de subsistance.

"Notre but est humble, accompagner les artisans et les initiatives de déminages au Laos" déclare Elizabeth. "Si les gens emporte ça avec leur bracelet, nous sommes content. D'autant plus si ça peut leur rappeler que 30% de ces bombes continuent de blesser et de tuer enfants et paysans. J'espère que ce simple fait rappellera à tous l'héritage de la guerre et nous inspire un profond désir de paix. Et pour les guerres qui font rage, aujourd'hui et à l'avenir, j'espère sincèrement que ce bracelet prouve que le Grand esprit de l'Humanité, lui, perdure coûte que coûte."

Phet, fils du premier villageois à maîtriser l’art de fondre les bombes en 1975.

Article 22 cherche à développer et pérenniser les entreprises familiales afin que les générations futures puissent bénéficier des acquis de la précédente.   La future génération étudie et se diversifie. Le village a décidé de prioriser l’éducation et un nouveau fond d’investissement va être mis en place.

 

Buying back the bombs

L'histoire de ces artisans qui transforme le métal meurtrier en bijoux d'Article 22, sur fond de guerre secrète au Laos, de 1964 à 1973, qui laissa un pays exsangue détenteur du record de bombes par habitant.

Production : Bigballs film, Elizabeth et Wallis Suda.
Réalisation :Sam Rowland
Musique Originale :Arthur Lea

Pour en savoir plus :
www.article22.com
Helvetas : Une ONG au service de la sécurité, de la dignité et l'autodétermination. A Visit to Laos - Noam Chomsky - The New York Review of Books, July 23, 1970
Une guerre américaine « camouflée » - Par Noam Chomsky
Laos: Le pays le plus bombardé au monde - OXFAM
The Lao National Unexploded Ordnance Programme

Peacebomb est la première collection de la marque New-Yorkaise. Promouvoir une nouvelle vision du luxe et de la mode, ne pas séparer le beau du bien, la forme du fond, voilà ce qu'à réussit à créer Liz Suda, sa fondatrice.

Le nom, Article 22 fait référence au vingt-deuxième article de la Déclaration des Nations Unies. "Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays." En s'inspirant de ces mots, Article 22 a inventé un cercle vertueux qui transforme les vestiges de la guerre en bijoux précieux tout en offrant aux personnes démunies de la région de Ventiane une source pérenne de revenus. Article 22 allie les savoir-faire artisanaux et le design contemporain. Crée du style et propage du sens en réveillant les consciences.

 

L'équipe :

Elizabeth Suda, Fondatrice et directrice de création originaire de New York, Liz s'est toujours demandée comment les choses que nous consummont étaient faîtes, qui les fabriquaient ?

Son désir de créer une entreprise soutenant les femmes à travers l'artisanat a commencé après une mission de volontariat auprès d'une filiaire textile pour l'ONG suisse Helvetas. Elle s'est rendu compte des immenses obstacles que représentaient l'accès aux marchés et le design pour les filières artisanales. Article 22, c'est ce lien entre producteurs de l'est, et nous, apportant leurs histoires, leurs traditions et leur savoir-faire.

Inspirée d'art contemporain, de design et férue d'artisanat, Liz a fait d'article 22 une marque reconnue à l'international et l'histoire de Peacebomb, la première collection qui transforme des armes en bijoux a fait le tour du monde, Al Jazeera, ZDF, TV5 Monde, LA Times, Glamour, ou des stars comme la mannequin Angela Lindvall ou l'actrice Olivia Wilde ont endossé la marque.

Camille Hautefort, Co-founder and social business development Après une carrière dans la finance internationale et la banque d'investissement chez BNP Paribas New York, Camille concevait des business plans pour des entreprises de toutes tailles, mais sa passion pour la mode et le design et sa rencontre avec Elizabeth en 2011 l'ont mené à changer de carrière. Aujourd'hui elle cherche a développer Article 22 afin de pouvoir déployer toujours plus de projets artisanaux et de développements durables.

Article précédent
Article suivant

Si vous aimez nos histoires

Merci de votre inscription

Cet e-mail a été enregistré !

Shop the look

Choisir les options

Storieshop
Soyez les premiers au courant de nos arrivages, Stories et bien plus...
Edit Option
Bientôt !
this is just a warning
Connexion
Panier
0 Produits